ça déménage!

05, 30, 2007

Amoureries

05, 22, 2006

Une partition spécifique pour deux flûtistes …cliquez sur les images pour les agrandir.

 

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Méta-atelier

05, 18, 2006

méta atelier

J’utilise souvent la formule de Bruce Nauman pour cerner l’espace du travail artistique:« Se rendre à l’atelier et s’impliquer dans une activité quelconque. Parfois, il apparaît que cette activité nécessite la fabrication de quelque chose, et parfois cette activité constitue l’œuvre.

c’est en complétant cette formule que se dessine le méta-atelier (sur lequel j’aurais l’occasion de revenir) en postulant ici deux nouveaux repères qui, selon moi, permettent une mise en mouvement et l’ « implication dans une activité quelconque (mais à vocation artistique) » : Les axiomes poïétiques (hypothèses poïétiques) et Les moteurs poïétiques. Les axiomes poïétiques et les hypothèses poïétiques désignent, à l’image de la science et la logique, les hypothèses de travail qui se trouvent en amont de l’activité engagée. Des postulats qui vont conduire le travail plastique à venir. Cependant nous distinguerons les axiomes des hypothèses.

Les axiomes poïétiques concernent les principes de base qui sont supposés être vrais et qui ne nécessitent donc aucune démonstration. Par exemple, pour ma part, cette thèse repose sur l’axiome : « le travail artistique n’est pas inspiré par les dieux » et mon athéisme ne peut remettre en cause celui-ci. Au contraire l’hypothèse poïétique est une proposition admise sans démonstration, mais susceptible d’être éventuellement démontrée par l’œuvre ou par une suite d’œuvres. Postuler qu’ « une œuvre est un dispositif perceptif singulier et formateur perceptivement pour le spectateur » est une hypothèse qui peut être validée ou non. A chaque fois, les hypothèses et les axiomes influent nécessairement sur l’œuvre à venir.

Les moteurs poïétiques quant à eux, désignent plus particulièrement ce qui nous met en activité lorsqu’on se rend à l’atelier. La pensée des mains de la gymnastique plastique à besoin inévitablement d’une mise en mouvement. Le moteur poïétique est un ensemble complexe fait d’objets, de textes, d’œuvres, d’observations… qui peuplent l’atelier et qui incitent un travail plastique. Ils sont constitués de sous ensembles, susceptibles d’opérations. Ils se mêlent, se divisent et s’ajoutent. La plasticité a prise sur eux aussi, mais nous pouvons, cependant, en circonscrire quelques uns (Faisons référence encore une fois au travail particulièrement pertinent de Frédéric de Manassein qui analyse précisément ces moteurs et qu’il nomme « motif »). Un article de journal peut engager une activité artistique, un film, un objet trouvé… il s’agit de certains fragments du tapis en quelque sorte. Mais comme les opérations plastiques, ces deux jalons aux bords labiles ne constituent pas un système. Incernables et indifférents aux catégories, les œuvres et les objets (pensées, images, textes…) de l’atelier sont ces axiomes, ces hypothèses et/ou ces moteurs. Cependant ils ne sont jamais soit l’un soit l’autre, mais toujours un peu des deux. De ce fait, les nommer ne pourrait pas rendre compte justement de notre atelier. De plus, ils ne sont que des bornes, et ne concernent pas la chorégraphie. Alors je m’intéresserai dans ce blog aux parfums qui s’échappent de leur rapprochement, aux figures qui transpirent entre ces éléments. En effet la gymnastique qui a lieu au sein de l’atelier brasse les axiomes, les hypothèses, les moteurs, les opérations et les œuvres, et ce brassage constitue des figures. La chorégraphie plastique s’appuie nécessairement sur ces bornes, les traverse pour s’engager dans une activité artistique : une pensée qui prend forme dans un geste. Le mot figure peut alors se comprendre comme il a été défini par R. Barthes dans le fragment d’un discours amoureux : « On peut appeler ces bris de discours des figures. Le mot ne doit pas s’entendre au sens rhétorique, mais plutôt au sens gymnastique ou chorégraphique ; bref au sens grec : ( du grec, mais il n’y a pas la police disponible), ce n’est pas le « schéma » ; c’est d’une façon bien plus vivante, le geste du corps saisi en action, et non pas contemplé au repos (…) La figure c’est l’amoureux au travail. (C’est moi qui souligne)»

Alors les figures de ce blog seront à la fois des précipités de la rencontre arts plastiques et musiques, une gymnastique appliquée à la théorie et une manière de dire la plasticité. Elles mettent en avant l’artiste au travail dans le méta-atelier. Elles pourraient donner lieu à beaucoup d’autres figures, c’est pourquoi je les filtrerai et je ne sélectionnerai que celles qui concernent plus particulièrement mon propos : mon activité compositionnelle plastique.

Blog centrifuge

05, 4, 2006


« C’est pourquoi l’analyse non créatrice mutile , parce qu’elle réduit une œuvre à des démarches finies, formées ; elle considère l’œuvre comme une somme de forces en équilibre où l’invention est enclose. Elle considère que l’invention appartient à ces forces et ne peut leur échapper ; elle n’admet pas qu’elles puissent être centrifuges ; elle les renvoie à l’intérieur d’une œuvre, à l’intérieur d’une période historique déterminée. » Pierre Boulez, Leçons de musique, Christian Bourgois éditeur, Paris, 2005, p.74.

Avant que vous ne vous y glissiez, j’aimerais apporter quelques éclaircissements concernant l’écriture de ce blog. Ce petit avant propos, qui se complètera de lui-même jour après jour, me parait nécessaire. Je m’excuse par avance de la forme incomplète que va prendre cette introduction. Cependant, elle va permettre de définir les raisons et les attentes d’une telle entreprise. Je souhaiterais que ce blog s’inscrive dans le lieu d’où je parle, le lieu où il s’écrit et d’y retourne pour en devenir une partie essentielle de ce qui s’y trame ― l’atelier.

En effet, on retrouve tout entier l’atelier dans le projet, l’écriture « multiple » et l’intention de ce blog. Mais l’atelier, ou « mon » atelier, devrais-je dire, est « centrifuge ». Il est à l’image de la plasticité, parce que c’est elle-même qui est centrifuge : elle est toujours tournée vers l’extérieur… parce qu’elle est généreuse. D’une part, je souhaite que le fil du texte s’appuie sur mes travaux personnels, que son écriture soit le précipité d’un double mouvement – un va-et-vient – entre le retour réflexif sur mon travail et la projection vers le travail à venir. D’autre part, mais c’est une conséquence logique de notre remarque précédente, c’est aussi la gymnastique plastique qui s’intrigue à l’atelier centrifugé qui doit rendre possible ce blog : il sera le résultat de la plasticité, parce que c’est mon atelier qui en motivera la forme et les liens qu’entretiendront les remarques, les analyses, les fictions… futures. Mon atelier est à la fois « dedans » et « entre ». Dedans, parce que l’écriture s’y précipite en s’y appuyant, et entre, parce que l’écriture plastique scrute ces formes locales et leurs rapprochements, leurs confrontations, leurs montages…

L’atelier dont il sera question dans ce blog est donc le mien. Ce lieu mi-fictif mi-réel où se joue l’essentiel de ma « gymnastique » plastique quotidienne. Cet espace aux bords flous qui se déplace avec moi, qui est parfois à ciel ouvert, parfois borné. Ce lieu sans séjour, pour paraphraser Daniel Charles, qui est aussi un séjour sans lieu. Un absolu chantier d’images, de dessins, de notes, de sons, de plans vidéo, qui se rapprochent, s’éloignent, mais aussi se contaminent, se confrontent et se mêlent. C’est ici que ce blog, va je l’espère, transpirer. Et les œuvres, celles des autres et les miennes, les analyses, les métaphores, les jeux, les liens et les passages entre chacune des pages et des catégories rendront compte de l’atelier singulier qui les a vu naître. Ce blog sera comme le résultat d’une centrifugation.

Alors, dans la forme distanciée, il donnera, je l’espère, une image juste de cette pensée d’atelier qui ne souhaite pas regarder seulement son nombril. Il veut rendre compte de ce bricolage perpétuel, où se côtoient sur les rayons de la bibliothèque les catalogues d’art contemporain, les textes philosophiques, les partitions, mais aussi les bandes dessinées et les livres de cuisine… qui plus est lorsque cet humble savoir folié se glisse entre les dessins, l’ordinateur, les instruments de musique et dans la mesure où son but reste, comme priorité, la pratique : retourner à l’atelier dès demain, malgré l’arrêt momentané que va représenter pour moi l’écriture de ces textes.

Vous l’aurez compris il s’agit d’examiner objectivement les phénomènes réels d’élaboration des œuvres au sein de mon atelier et d’en constituer le produit. Ce serait une erreur que de penser que ce blog ne reposent sur rien et qu’ils ne livrent qu’une fiction du travail artistique, qu’une métaphysique. Au contraire, l’atelier centrifuge exige une écriture complexe faite de passages, de rapprochements et de confrontations. Il faut penser ce blog comme un tapis. C’est une pensée sur le chantier qui l’exige : quelques prises de vue fugitives du sol de l’atelier où l’on aurait cherché à rapprocher des fragments de journal intime, des œuvres, des croquis, des sons… et ausculter le sens entre les coutures : les figures de la gymnastique engagée dans l’atelier sont toutes entières prises dans le texte, dans les images et dans leurs liens. Il ne s’agit pas bien sûr de fixer une fois pour toutes une pratique artistique, mais d’épingler des moment jusqu’aux prochaines fouilles entre ses coutures.

N’en doutez pas, Il n’y a pas de prétention dans ce travail, ce blog s’écrit au cœur même d’un certain travail artistique, sans pour autant sombrer dans le discours ésotérique et subjectif sur l’intérieur de la création. Car notre atelier centrifuge et centrifugé, conséquence ultime de sa gymnastique étendue à l’écriture, sollicite l’autre. Il se divulgue, et il y a une urgence à le faire, il ouvre une porte : celle d’une conversation entre artistes qui refusent les discours prêt-à-porter sur la création, débarrassés enfin du génie, du talent, de l’inspiration divine et des théories fumeuses psycho-philosophico-esthétisantes. Il s’agit bien de décrire ce moment où l’on retrousse ses manches et où l’on se rend à l’atelier, puis on y travaille, on y cherche et recherche, on y trouve des solutions, on y pose des problèmes et on constate la sueur de son front. Parce qu’il est essentiel que l’artiste reprenne aujourd’hui sa position de spécialiste à l’intérieur du sensible.