Méta-atelier
05, 18, 2006
J’utilise souvent la formule de Bruce Nauman pour cerner l’espace du travail artistique:« Se rendre à l’atelier et s’impliquer dans une activité quelconque. Parfois, il apparaît que cette activité nécessite la fabrication de quelque chose, et parfois cette activité constitue l’œuvre.
c’est en complétant cette formule que se dessine le méta-atelier (sur lequel j’aurais l’occasion de revenir) en postulant ici deux nouveaux repères qui, selon moi, permettent une mise en mouvement et l’ « implication dans une activité quelconque (mais à vocation artistique) » : Les axiomes poïétiques (hypothèses poïétiques) et Les moteurs poïétiques. Les axiomes poïétiques et les hypothèses poïétiques désignent, à l’image de la science et la logique, les hypothèses de travail qui se trouvent en amont de l’activité engagée. Des postulats qui vont conduire le travail plastique à venir. Cependant nous distinguerons les axiomes des hypothèses.
Les axiomes poïétiques concernent les principes de base qui sont supposés être vrais et qui ne nécessitent donc aucune démonstration. Par exemple, pour ma part, cette thèse repose sur l’axiome : « le travail artistique n’est pas inspiré par les dieux » et mon athéisme ne peut remettre en cause celui-ci. Au contraire l’hypothèse poïétique est une proposition admise sans démonstration, mais susceptible d’être éventuellement démontrée par l’œuvre ou par une suite d’œuvres. Postuler qu’ « une œuvre est un dispositif perceptif singulier et formateur perceptivement pour le spectateur » est une hypothèse qui peut être validée ou non. A chaque fois, les hypothèses et les axiomes influent nécessairement sur l’œuvre à venir.
Les moteurs poïétiques quant à eux, désignent plus particulièrement ce qui nous met en activité lorsqu’on se rend à l’atelier. La pensée des mains de la gymnastique plastique à besoin inévitablement d’une mise en mouvement. Le moteur poïétique est un ensemble complexe fait d’objets, de textes, d’œuvres, d’observations… qui peuplent l’atelier et qui incitent un travail plastique. Ils sont constitués de sous ensembles, susceptibles d’opérations. Ils se mêlent, se divisent et s’ajoutent. La plasticité a prise sur eux aussi, mais nous pouvons, cependant, en circonscrire quelques uns (Faisons référence encore une fois au travail particulièrement pertinent de Frédéric de Manassein qui analyse précisément ces moteurs et qu’il nomme « motif »). Un article de journal peut engager une activité artistique, un film, un objet trouvé… il s’agit de certains fragments du tapis en quelque sorte. Mais comme les opérations plastiques, ces deux jalons aux bords labiles ne constituent pas un système. Incernables et indifférents aux catégories, les œuvres et les objets (pensées, images, textes…) de l’atelier sont ces axiomes, ces hypothèses et/ou ces moteurs. Cependant ils ne sont jamais soit l’un soit l’autre, mais toujours un peu des deux. De ce fait, les nommer ne pourrait pas rendre compte justement de notre atelier. De plus, ils ne sont que des bornes, et ne concernent pas la chorégraphie. Alors je m’intéresserai dans ce blog aux parfums qui s’échappent de leur rapprochement, aux figures qui transpirent entre ces éléments. En effet la gymnastique qui a lieu au sein de l’atelier brasse les axiomes, les hypothèses, les moteurs, les opérations et les œuvres, et ce brassage constitue des figures. La chorégraphie plastique s’appuie nécessairement sur ces bornes, les traverse pour s’engager dans une activité artistique : une pensée qui prend forme dans un geste. Le mot figure peut alors se comprendre comme il a été défini par R. Barthes dans le fragment d’un discours amoureux : « On peut appeler ces bris de discours des figures. Le mot ne doit pas s’entendre au sens rhétorique, mais plutôt au sens gymnastique ou chorégraphique ; bref au sens grec : ( du grec, mais il n’y a pas la police disponible), ce n’est pas le « schéma » ; c’est d’une façon bien plus vivante, le geste du corps saisi en action, et non pas contemplé au repos (…) La figure c’est l’amoureux au travail. (C’est moi qui souligne)»
Alors les figures de ce blog seront à la fois des précipités de la rencontre arts plastiques et musiques, une gymnastique appliquée à la théorie et une manière de dire la plasticité. Elles mettent en avant l’artiste au travail dans le méta-atelier. Elles pourraient donner lieu à beaucoup d’autres figures, c’est pourquoi je les filtrerai et je ne sélectionnerai que celles qui concernent plus particulièrement mon propos : mon activité compositionnelle plastique.
